Dynamique des transactions foncières et vulnérabilité rurale au Niger : cas des communes rurales de Tchadoua et Yaouri

Unité de recherche : SEED
Auteur : LAWALI Sitou

Au Niger, l’agriculture est la principale activité des populations rurales. Malheureusement, l’accès à la terre devient de plus en plus difficile aux agriculteurs dans le centre-sud du pays. Cette zone est confrontée à la saturation de l’espace et l’émergence des transactions foncières dont les causes, le processus et les impacts sur les ménages agricoles sont peu connus. L’étude menée dans les communes rurales de Tchadoua et Yaouri visait à analyser la dynamique des transactions en lien avec la vulnérabilité rurale en termes des enjeux d’accès et de gestion des terres, mais aussi de leur sécurisation.

La problématique a été étudiée suivant une approche pluridisciplinaire. Les analyses (quantitative et qualitative) ont été effectuées sur la base des données collectées dans les terroirs villageois de Maijanguero et Gomba à travers des fiches d’enquêtes et des entretiens semi-structurés sur un échantillon de 30% des ménages. Nous avons aussi procédé à l’observation participante des pratiques agricoles et la consultation de plusieurs sources de documentations. Les entretiens ont aussi concerné les autorités administratives et coutumières, les membres des commissions foncières, les intermédiaires des transactions.

Les résultats obtenus montrent que les problèmes d’accès et de gestion des terres dans ces zones agricoles sont au centre des préoccupations des producteurs ruraux. Le blocage foncier né de la forte pression démographique et l’accroissement des enjeux économiques influencent le morcellement excessif des terres et l’individualisation des exploitations agricoles. Cette individualisation favorise par conséquent, l’émergence des spéculations foncières marchandes au profit des opérateurs économiques installés désormais dans une logique d’accaparement de terres. L’achat, le gage et la location constituent les principaux modes d’accès à la terre en lieu et place d’anciennes formes de solidarité (don, prêt). Aussi, de nouvelles initiatives agraires paysannes apparaissent et participent à l’amélioration des conditions socio-économiques des ménages ruraux.

Les résultats ont également permis de mettre en évidence une diversité de trajectoires des exploitations. La monétarisation des terres a fortement influencé les modes de gestion foncière et a renforcé l’exclusion des groupes vulnérables. Aussi de fortes mutations de système de culture et des transformations techniques sont observées. Il a aussi été révélé que l’accumulation ou la décapitalisation foncière dépend du type d’exploitation, de ses sources de revenus et de ses stratégies. En effet, trois tendances se dégagent des trajectoires : de grandes unités de production à dominante commerciale qui accumulent des terres, utilisent le travail salarié et pratiquent des cultures de rente (souchet) ; une forte décapitalisation foncière chez les extrêmement vulnérables et sans stratégie d’adaptation viable à long terme. Enfin, de petites unités misant sur une diversification et une forte intensification pour résister aux multiples tentatives de spoliation des terres. Ces dernières constituent le modèle d’exploitation stable et durable dont la stratégie se base principalement sur l’intensification agricole à travers des pratiques agroforestières efficaces et moins coûteuses pour augmenter leur production et leur capital foncier.

Le caractère informel et discret des transactions foncières et les réseaux d’intermédiation par lesquels se négocient les ventes de terres accentuent l’insécurité foncière et contribuent à l’augmentation du prix des terres. L’analyse des pratiques de sécurisation des droits fonciers prouve que la formalisation légale quoique timide a considérablement réduit la fréquence des conflits ruraux et a amélioré les possibilités d’investissements agricoles. Cependant, les commissions foncières se heurtent à des difficultés qui freinent la généralisation de la formalisation légale des transactions. En somme, le problème foncier reste un enjeu central de développement, donc pour atteindre une sécurité alimentaire durable, la sécurisation des droits fonciers des ruraux pauvres doit être une priorité des priorités. Il est donc urgent de rendre les commissions foncières plus opérationnelles en leur donnant les moyens de fonctionnement afin d’assurer une large diffusion des procédures de formalisation pour plus d’impact et également inciter les producteurs à travers de petites subventions pour la pratique des mesures agri-environnementales paysannes porteuses.

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