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Une société plus sobre, un nouvel enjeu? Publiée le 14/12/2009.

L’urgence de décisions fortes sur le changement climatique — en fait sur l’utilisation des énergies fossiles, le pétrole en particulier — rappelle à chacune et chacun d’entre nous que le monde dans lequel et au dépens duquel nous vivons est un monde fini. Son espace et ses ressources sont limitées. Au-delà de 2015, les capacités d’extraction de pétrole commenceront à décliner.

Beaucoup semblent convaincus que deux voies et moyens peuvent nous sortir d’embarras et nous replacer sur les voies paisibles du développement. Un développement durable, assurément. D’une part, le recours aux technologies qualifiées de nouvelles, et d’autre part, l’ajustement du comportement individuel. Incontestablement, de nouvelles technologies permettront beaucoup : capter l’énergie solaire sans recouvrir le monde de panneaux photovoltaïques, séquestrer le carbone dans des conditions acceptables de sécurité, peut-être même trouver un nouveau carburant pour les avions. Incontestablement, notre comportement mérite quelques sérieux aménagements, ne fût-ce qu’en termes de production de déchets et de choix alimentaires. Mais chacun d’entre nous ne ressent-il pas les limites même de ces solutions ?

On est dès lors invité à se pencher sur les hypothèses de la sobriété, de la simplicité volontaire et de la décroissance. Intrigué par l’article du Vif du 20 mars dernier , je me suis plongé dans plusieurs essais dont celui de notre collègue Christian Arnsperger de la Chaire Hoover d’Ethique économique et sociale à l’UCL, intitulé Ethique de l’existence post-capitaliste . La synthèse qu’en a faite Le Monde est tout à fait appropriée : « L’enjeu fondamental de la crise écologique […] que nous traversons est d’ordre anthropologique, […] ; le succès du capitalisme tient à ce qu’il constitue une réponse à la fois performante et pernicieuse à notre condition existentielle. Selon Christian Arnsperger, l’humanité ne trouvera une issue que par une refonte radicale des présupposés culturels majeurs qui structurent nos existences. Et de plaider pour trois grandes orientations normatives : simplification des conditions d’existence, universalisation des revenus à travers l’octroi d’une allocation universelle et démocratisation radicale des décisions économiques.

Je ne suis pas sûr de pouvoir imaginer un telle réorganisation du monde — et encore moins d’y souscrire —, ni en quoi elle pourrait résoudre l’extraordinaire conflagration entre nos exigences consommatrices et la finitude du monde. Je partage cependant très clairement la conviction qu’on ne pourra se satisfaire d’une incantation aux nouvelles technologies ou de quelques dizaines de « petits gestes pour la planète ». Mais comment éviter ce que Hans Jonas considérait comme inévitable, à savoir une tyrannie bienveillante pour affronter les formidables enjeux de la planète ? Comme le soulignait tout récemment Dominique Bourg , le pacte qui scelle nos sociétés depuis la fin du 17è s, à savoir la liberté de commercer et de consommer toujours plus, est directement en cause. Et pour construire les nouveaux piliers de ce pacte, la démocratie doit être un univers en expansion.

Emmanuël Sérusiaux

1. Les objecteurs de croissance passent à l’action. Le Vif 20/3/2009, 36-43
2. Arsnperger Ch., Ethique de l’existence post-capitaliste, Le Cerf, 318 p. 2005.
3. Le Monde. Bilan Planète, 31/10/2009, p. 156.
4. Jonas H., Le principe de responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique. Le Cerf, 1990 [traduction].
5. Démocratie écologique ou fascisme vert ? Les débats de l’obs. [12/2009]

Lien : hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2349/articles/a412651-.html

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