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Reconstruire la ville sur la ville en oubliant la campagne ? Publiée le 16/08/2010.

Face aux défis climatiques et énergétiques, on réclame à juste titre un développement plus «durable» qui réduise notamment les émissions de gaz à effet de serre. Pour y parvenir, on prône des efforts dans de nombreux secteurs, mais il en est un qui apparait comme un levier : l’aménagement du territoire. On souhaite qu’il mette un terme à la dispersion de l’habitat.
Et il est vrai que concentrer la fonction résidentielle à proximité des services et des nœuds de transports en commun, recentrer les investissements sur les grands centres peut apparaître à première vue comme une solution simple et logique : densifier permet d’économiser l’énergie, d’accroître l’offre de services tout en limitant les déplacements.
Cependant, dans un tel schéma appliqué à la lettre, le développement actuel des communes rurales risque bien de faire place à leur isolement et à leur appauvrissement. Humainement, économiquement, ce scenario n’est pas tenable. Il n’est pas justifié non plus.

Le recentrage sur la ville ne peut pas constituer l’unique solution pour obtenir un aménagement durable du territoire wallon, simplement parce qu’il implique qu’un nombre important de citoyens renoncent à leur souhait de vivre en contact avec la nature, dans un milieu sécurisé, à l’abri des nuisances générées par le trafic automobile pour une vie dans des grands ensembles urbains incapables pour la plupart - du moins actuellement - de leur offrir sécurité et cadre de vie agréable.
Oublier la campagne pour tout ramener en ville, c’est aussi sacrifier la richesse des forces vives du milieu rural, amplifiées par trois décennies de développement rural, qui ont montré que les ruraux savent faire preuve de créativité pour mettre au point des solutions contemporaines aux défis d’aujourd’hui.
Au « Tout à la Ville », la Fondation rurale de Wallonie oppose dès lors un développement équilibré et complémentaire des villes et des campagnes.
Elle propose pour le milieu rural trois approches majeures destinées à le rendre plus « compact » et durable:

1. La création de pôles ruraux s’appuyant sur des unités plus petites que les villes, unités à partir desquelles s’organiseraient les services, dont l’offre de transport en commun.

2. Le recentrage de l’habitat sur les noyaux villageois de manière cohérente par rapport à l’évolution de la structure villageoise, en définissant des périmètres d’habitat rural à l’intérieur desquels des mesures de discrimination positive (accès aux primes, aux services…) et des mesures de contrainte (lutte contre la rétention foncière) favoriseraient l’habitat et les fonctions de service. Agir ainsi, c’est renoncer enfin à la périurbanisation sans âme et à la rurbanisation en chapelet au profit d’un urbanisme de projet, équilibrant mieux activités résidentielles, tertiaires et agricoles. C’est par exemple développer de véritables éco-quartiers villageois, inaugurant de nouvelles manières d’habiter le milieu rural, permettant de densifier les petits bourgs et les villages. C’est en final préserver activement les zones non urbanisables – l’espace naturel laissé libre autour des villages – qui constituent un atout touristique, énergétique, alimentaire et de biodiversité.

3. L’incitation des acteurs ruraux, entrepreneurs, mandataires et particuliers, à développer des solutions innovantes et spécifiques pour réduire la production de CO² dans les déplacements, les services et le logement.

La complémentarité ville-campagne est un projet sociétal, un défi que nous devons relever au lieu de céder à la facilité qui consisterait à privilégier l’une pour délaisser l’autre. La Wallonie a besoin de telles ambitions, à sa mesure.

Lien : www.frw.be/
A télécharger : lepuredito-24-michel_jourez.pdf

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